Artistes du Nouveau Jeu de Marseille

Dans ce Nouveau Jeu de Marseille, les emblèmes des 4 As sont réinventés pour manifester les thèmes pertinents de la société d’aujourd’hui. L’Œil symbolise la suprématie du regard ; la Puce l’omniprésence de l’électronique ; la Pièce l’échange perpétuel ; la Coquille, enfin, représente les origines de la vie fragilisée aujourd’hui.

Liste des artistes :

Artiste  pour le Joker et les quatre As :

Gérard Traquandi

Gérard Traquandi, © Malika Mokadem

Artistes pour les figures :

Karine Rougier :  

La Dame Pièce et le Valet Coquille

À propos de l’artiste :

Après des études aux arts décoratifs de Genève puis à l’école d’art d’Aix-en-Provence, Karine Rougier développe une pratique du dessin, de peinture à l’huile sur bois et fabrique des sculptures amazones. Son travail s’inspire de ses voyages, de ses balades sous marines en méditerranée et de son désir à croire au merveilleux. Elle grandit dans en Côte d’Ivoire est se trouve très tôt fascinée par les rituels de magie, l’envoutement des corps, les animaux sauvages …

Elle participe à de nombreuses expositions en France et à l’étranger (Buenos Aires, Rome, New York). Représentée aujourd’hui par la galerie Dukan (Paris/Leipzig) et collabore avec la galerie Martin Kudlek (Cologne).

« Il paraît judicieux de voir dans le travail de Karine Rougier la synthèse possible de deux modes d’apparition de l’art a priori antagonistes. Les surréalistes auront été les premiers à incorporer dans leur pratique officielle les mécanismes issus de l’art dit « brut » : représentation de personnages, paysages inspirés des contes et traditions populaires, formes issues de l’artisanat, techniques simples (dessin, peinture), supports pauvres ou trouvés, écriture automatique s’incarnant dans la répétition obsessionnelle du motif ouvrant la porte d’un inconscient de plus en plus dénié par le rationalisme positiviste ayant prévalu au sein des avant-gardes de leur époque. » (Amélie Adamo)

Claire Dantzer : 

Le Roi Puce et le Roi Œil 

À propos de l’artiste :

Claire Danzer développe une pratique pluridisciplinaire alliant installations, sculptures et dessins au travers desquels elle engage un rapport de formes où s’opère un glissement, une dérive, une altercation. Les dialogues qu’elle instaure entre les signes, les images et les matériaux viennent interroger le corps dans ses acceptions à la fois charnel, intime et social, et dans l’impact physique et psychologique de la matière sur celui-ci.

Conjuguant les gestes et techniques de la sculpture et ceux de l’installation, la pratique de Claire Dantzer participe d’une approche contemporaine de la sculpture qui, affranchie de la notion traditionnelle ou moderniste de médium, intègre également le dessin, la vidéo et la performance comme autant de moyens au service d’une investigation des relations entre espace physique et espace mental, entre la dimension sensorielle de l’expérience esthétique et sa dimension imaginaire et culturelle. (Camille Videcoq)

Sara Fiaschi :

Le Valet Pièce et le Roi Coquille

À propos de l’artiste :

Le travail de Sara Fiaschi porte sur l’ambiguïté entre le naturel et l’artificiel en créant des formes sculpturales qui déploient des situations équivoques, entre le vrai et le faux, l’ordinaire et le grotesque, le rationnel et l’irrationnel. Ces formes invitent à écrire une fiction sur le rôle du vivant dans notre environnement. (Cnap)

Jérémie Delhome

Le Valet Puce et la Dame Coquille

À propos de l’artiste:

Renonçant à toute description et à tout dialogue, se contentant d’imaginer le verbiage d’êtres situés aux limites du néant, Samuel Beckett publie en 1953 un long monologue bien nommé L’Innommable qui acte le fait d’une écriture dont l’économie de moyens le dispute à toutes les gloses et à tous les bavardages. A l’instar de James Joyce, il use des mécanismes de dissolution de la conscience et de ses langages dans un temps pour ainsi dire atomisé entraînant toute son oeuvre, personnages et histoires confondus, au processus impitoyable de la réduction.
Quelque chose de semblable est à l’oeuvre dans le travail de Jérémie Delhome, en peinture comme en dessin. A sa source, l’artiste dit simplement faire des gammes – comme n’importe quel compositeur en quête de structures et de signes – de sorte que s’imposent certaines formes qu’il prend en compte pour constituer son répertoire. Celles qu’il retient et qui vont devenir l’objet même de la peinture ou du dessin, le motif auquel donner corps, sont alors le prétexte à l’exécution d’un protocole précis que distingue seulement le médium employé. Jérémie Delhome constitue comme une sorte de pochoir à la forme retenue à travers lequel, suivant une succession d’applications, il incarne celle-ci dans la matière. (Philippe Piguet)

Mayura Torii

La Dame Œil et le Valet Œil

À propos de l’artiste :

« Mayura Torii se laisse porter par un flottement d’incompréhension, une confusion des genres et des valeurs. Ce flottement et cette confusion, elle les enregistre, les construit, toujours au nom d’un sourire. Elle réinjecte du jeu, un déconnage subtile, dans l’aspect pontifiant du concept. En cela, elle demeure amusée et sceptique envers la surévaluation que fait l’occidental de la pensée performative. Elle ne se contente pas pour autant de rappeler qu’il y a des mondes autrement orientées et dont les hiérarchies sont autres. A partir d’une déstabilisation sans gravité, elle travaille des sensations de jouissance et d’étonnement propres au dépaysement. Chacune de ces œuvres nous restitue le trouble du passage, l’indécision du seuil, le frisson délicieux d’une petite frontière mentale à passer. Cette œuvre qui s’appuie sur le langage explore des sensations d’étrangeté et de présence plus ou moins décollée du réel.

Extrait du texte, « Faux amis (fozami) » – Frédéric Valabregue

Julie Dawid

La Dame Puce et le Roi Pièce

Bio de l’artiste :

La vision est ce qui envahit le papier, qui envahit le mur, qui envahit la vision. Travailler est chez Julie Dawid un verbe d’action « patchwork in progress » où le dessin sur papier (peint au final) use des procédés d’installation dans une rhétorique graphique proche de l’expressionnisme. Une cartographie constellée, une chorégraphie colorée, une mise en page éclatée, un puzzle mutant, un jardin poétique se composant au mur sous nos yeux avec une certaine monumentalité. Si le dessin peut sembler comme une peinture vidée de son sang, il relève pourtant d’une ambition picturale, sauvage et extatique jusqu’au dripping final, tourbillon libérateur de peinture déchargée. De la collision des mondes, naît un cadavre exquis, fragments de corps et de natures divers en train de se dissoudre ou de se recomposer, figures superposées ou entrelacées, un mélange mouvant d’images inventées vibrantes, bouillonnantes, chaotiques. Comme un univers à l’horizon du moi démiurge et de sa rêverie cosmique.  (Luc Jeand’heur)